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Seuil lactique : définition, SV1, SV2, MLSS et séances au seuil

Le seuil lactique marque l'intensité au-delà de laquelle le lactate s'accumule dans le sang. Ce que recouvrent SV1, SV2, MLSS et vitesse critique, comment estimer ton seuil sans laboratoire, tes allures en % VMA et les séances pour le faire progresser.

Groupe de coureurs sur une piste d'athlétisme

Le seuil lactique en bref

Quand tu accélères progressivement, la concentration de lactate dans ton sang reste d’abord proche de sa valeur de repos, puis augmente, avant de grimper de plus en plus vite. Le seuil lactique désigne un point de cette courbe. La difficulté : il n’existe pas un seuil mais deux, et des dizaines de façons de les définir. Faude, Kindermann et Meyer (2009) ont recensé 25 concepts différents de seuil lactique.

Leur revue les range dans un cadre commun, la transition aérobie-anaérobie, bornée par deux points de rupture :

  • le premier, l’intensité à laquelle le lactate sanguin commence à monter au-dessus de sa valeur de base ;
  • le second, la plus haute intensité à laquelle production et élimination du lactate restent équilibrées, appelée MLSS (maximal lactate steady state, état stable maximal de lactate).

À retenir : quand un plan te demande de « courir au seuil », il vise le second point, c’est-à-dire l’allure la plus rapide que tu peux tenir sans que le lactate s’emballe.

SV1, SV2, MLSS : les mots du seuil

Terme Ce qu’il désigne Repère courant
Premier seuil (SV1, seuil lactique 1, « seuil aérobie ») Première hausse du lactate ; premier seuil ventilatoire Lactate autour de 2 mmol/L (Stöggl et Sperlich, 2015)
Second seuil (SV2, seuil lactique 2, « seuil anaérobie ») Accélération nette de l’accumulation ; seuil de compensation respiratoire Souvent repéré autour de 4 mmol/L
MLSS Plus haute intensité où le lactate reste stable : hausse de moins de 1 mmol/L entre la 10e et la 30e minute d’un effort constant 4 à 5 efforts de 30 minutes, à des jours différents (Jones et al., 2019)
Vitesse critique Asymptote de la relation entre vitesse et durée tenable En moyenne environ 7 % au-dessus du MLSS (Jones et al., 2019)

La valeur de 4 mmol/L est un repère pratique, pas une loi. Seiler et Tønnessen (2009) rappellent qu’elle a longtemps été baptisée, à tort, « seuil anaérobie ». Jones et ses collègues expliquent que le MLSS a d’abord été associé à une lactatémie fixe, de 2,2 ou 4 mmol/L, avant que cette idée soit abandonnée : la lactatémie au MLSS varie beaucoup d’un individu à l’autre.

Trois domaines d’intensité

Jones et ses collègues décrivent trois domaines, séparés par les deux seuils :

  • modéré, sous le premier seuil : la consommation d’oxygène et le lactate se stabilisent rapidement ;
  • intense, entre le premier seuil et la vitesse critique : l’état stable arrive plus tard et coûte plus d’oxygène que prévu ;
  • sévère, au-delà de la vitesse critique : la consommation d’oxygène et le lactate montent jusqu’à la VO2max, et l’épuisement suit de peu.

En pratique, tes footings en endurance fondamentale relèvent du domaine modéré, les séances au seuil du haut du domaine intense et les séances de VMA du domaine sévère.

Pourquoi le seuil compte

Pour Bassett et Howley (2000), la vitesse au seuil lactique est le meilleur prédicteur physiologique de la performance en course de fond. Elle intègre ta VO2max, ton économie de course et la fraction de ta VO2max que tu peux soutenir. Deux coureurs de même VMA peuvent donc courir un semi-marathon à des vitesses différentes : avec une VMA de 15 km/h, un seuil à 85 % donne 12,75 km/h, un seuil à 90 % donne 13,50 km/h.

Le seuil influence aussi l’endurance à haute vitesse. Chez 38 coureurs de fond d’élite, le temps tenu à VMA était d’autant plus long que leur seuil lactique se situait haut en pourcentage de leur VMA (Billat et al., 1994). La corrélation restait modeste (r = 0,378).

Où se situe ton seuil

En pourcentage de VMA

Dans nos outils, la zone seuil va de 85 à 90 % de la VMA. Calculs : vitesse = VMA × pourcentage, allure = 3 600 / vitesse.

VMA (km/h) Vitesse au seuil (km/h) Allure au seuil (min/km)
12 10,20 à 10,80 5:53 à 5:33
13 11,05 à 11,70 5:26 à 5:08
14 11,90 à 12,60 5:03 à 4:46
15 12,75 à 13,50 4:42 à 4:27
16 13,60 à 14,40 4:25 à 4:10
18 15,30 à 16,20 3:55 à 3:42

Pour obtenir ta VMA, passe par le calcul de VMA ; la page VMA et allures d’entraînement donne toutes les autres zones.

En pourcentage de FCmax

Dans l’échelle à cinq zones de Seiler et Tønnessen (2009), la zone de 2,5 à 4 mmol/L correspond à 81–87 % de la VO2max et 85–90 % de la FCmax ; la suivante, de 4 à 6 mmol/L, à 90–95 % de la FCmax. Stöggl et Sperlich (2015) citent des bornes proches chez d’autres auteurs, comme 82–87 % de la FCmax pour 2,5 à 4 mmol/L.

Exemple pour un coureur de 40 ans : la formule de Tanaka (208 − 0,7 × âge) estime sa FCmax à 180 bpm ; 85 à 90 % donnent 153 à 162 bpm. Calcule tes propres valeurs avec l’outil FC max et zones.

Attention : ces fourchettes sont des moyennes. Jones et ses collègues situent le point de rupture de la courbe du lactate entre 75 et 90 % de la VO2max selon les individus. Seul un test place ton seuil précisément.

Aux sensations

Le test de la parole repère des intensités proches des seuils ventilatoires (Foster et al., 2018) : tu récites un court texte et tu te demandes si tu peux parler confortablement. Tant que la réponse est un « oui » franc, tu es sous le premier seuil. À l’allure seuil, parler n’est plus confortable.

Comment estimer ton seuil

En laboratoire

Un test progressif avec prélèvements de lactate, ou avec analyse des gaz expirés pour situer SV1 et SV2, est la méthode de référence. Le MLSS demande davantage : 4 à 5 efforts de 30 minutes à vitesse constante, à des jours différents.

Ces tests sont reproductibles. Chez 48 cyclistes bien entraînés testés cinq fois, huit concepts de seuil ont montré une variabilité intra-individuelle de 3,4 à 8,1 % et une corrélation de 0,65 à 0,94 avec un contre-la-montre de 45 minutes (Heuberger et al., 2018). Le seuil fixe à 4 mmol/L s’est montré presque aussi performant que la méthode la mieux classée. Choisis donc une méthode et garde-la d’un test à l’autre.

Sur le terrain : la vitesse critique

Jones et ses collègues décrivent une méthode accessible : trois à quatre efforts maximaux de durées différentes, le plus court de 2 à 3 minutes, le plus long de plus de 10 et au plus 15 minutes. Le modèle relie la vitesse et la durée tenable par une hyperbole, ce qui revient à écrire : distance = vitesse critique × temps + D′, où D′ est la réserve de distance que tu peux courir au-dessus de la vitesse critique.

Exemple avec deux essais, faits des jours différents : 1 000 m en 3:45 (16,00 km/h) et 3 000 m en 12:30 (14,40 km/h).

  • vitesse critique = (3 000 − 1 000) / (750 − 225) = 3,81 m/s, soit 13,71 km/h ou 4:23 /km ;
  • D′ = 1 000 − 3,81 × 225 ≈ 143 m.

En moyenne, la vitesse critique se situe environ 7 % au-dessus du MLSS : le MLSS de ce coureur serait proche de 12,82 km/h, soit 4:41 /km. Avec deux essais seulement, l’estimation reste grossière : un troisième essai l’affine.

À partir de ta VMA

C’est la méthode la plus simple : applique 85 à 90 % à ta VMA. Elle donne un repère d’entraînement, que tu ajustes ensuite aux sensations et à la fréquence cardiaque.

Les séances au seuil

Les séances au seuil se courent en blocs, pour accumuler du temps à cette intensité sans glisser vers la VMA. Seiler et Tønnessen (2009) donnent l’exemple d’une séance de 4 × 15 minutes à 85 % de la VO2max, avec une lactatémie de 3 à 4 mmol/L.

Séances types, allures calculées pour une VMA de 15 km/h, avec 20 minutes d’échauffement en endurance fondamentale et 10 minutes de retour au calme :

Séance Bloc principal Récupération Repère pour VMA 15 km/h
Seuil en blocs 3 × 8 min à 85–90 % 2 min de trot 4:42 à 4:27 /km, 1 700 à 1 800 m par bloc
Seuil en 2 000 m 4 × 2 000 m à 85–90 % 2 min de trot 9:25 à 8:53 par fraction
Seuil long 2 × 15 min à 85 % 3 min de trot 4:42 /km, environ 3,2 km par bloc
Tempo continu 20 min à 85 % — 4:42 /km, 4,25 km

Progresse par la durée des blocs plutôt que par la vitesse : si ta VMA ne bouge pas, ton allure seuil non plus. Les plans semi-marathon passent ainsi de 3 × 6 à 3 × 12 minutes au fil des semaines.

Le seuil ne fait pas tout

Dans l’étude de Helgerud et ses collègues (2007), une course continue au seuil, à 85 % de la FCmax, a moins amélioré la VO2max que le fractionné à 90–95 % de la FCmax, à quantité de travail égale. Stöggl et Sperlich (2015) notent aussi qu’au-delà d’environ 20 % du volume au seuil, au détriment du travail facile, le système nerveux autonome pourrait en pâtir sans adaptation supplémentaire. Une semaine équilibrée associe endurance fondamentale, une séance au seuil et, selon ta préparation, une séance de fractionné.

Erreurs fréquentes

  • Courir le seuil trop vite. Au-dessus de la vitesse critique, tu passes dans le domaine sévère : la séance devient une séance de VMA.
  • Prendre 4 mmol/L pour ta valeur personnelle. La lactatémie au MLSS varie d’un coureur à l’autre.
  • Comparer des seuils issus de méthodes différentes. Avec 25 concepts recensés, deux tests ne mesurent pas forcément le même point.
  • Mettre du seuil dans chaque sortie. Seiler et Tønnessen décrivent des athlètes qui courent plus vite que prévu les jours faciles et moins vite les jours durs : tout finit à la même intensité moyenne.
  • Ne jamais réévaluer. Ton seuil évolue avec l’entraînement : refais le même test après un cycle de préparation.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le seuil lactique ?

C'est une intensité repère sur la courbe du lactate sanguin, qui monte quand tu accélères. On distingue deux points : la première hausse du lactate au-dessus de sa valeur de repos, puis la plus haute intensité à laquelle sa production et son élimination restent équilibrées, le MLSS. En course à pied, « courir au seuil » désigne presque toujours ce second point.

Quelle est la différence entre SV1 et SV2 ?

SV1, le premier seuil ventilatoire, correspond à la première hausse du lactate, autour de 2 mmol/L : en dessous, c'est l'endurance fondamentale. SV2, le second seuil, marque l'accélération de l'accumulation, souvent repérée autour de 4 mmol/L : c'est l'intensité des séances au seuil. Entre les deux s'étend une zone intermédiaire, plus exigeante que l'endurance fondamentale.

Comment calculer son seuil lactique ?

La mesure de référence se fait en laboratoire, avec des prélèvements de lactate ou une analyse des gaz. Sur le terrain, tu peux estimer ta vitesse critique avec deux à quatre efforts maximaux de 2 à 15 minutes, ou partir de ta VMA : nos outils situent le seuil entre 85 et 90 % de VMA, soit 12,75 à 13,50 km/h pour une VMA de 15 km/h.

À quel pourcentage de la VMA se situe le seuil ?

Dans nos outils, la zone seuil va de 85 à 90 % de la VMA. C'est un repère d'entraînement, pas une mesure : le seuil réel varie d'un coureur à l'autre. Jones et ses collègues (2019) rappellent que le point de rupture de la courbe du lactate se situe typiquement entre 75 et 90 % de la VO2max, une fourchette large.

Combien de temps peut-on tenir au seuil ?

Cela dépend du seuil visé. La vitesse critique, frontière haute de l'état stable, se tient en général 20 à 30 minutes, avec des écarts de 15 à 40 minutes, parfois jusqu'à une heure (Jones et al., 2019). Le MLSS, un peu plus lent, se mesure sur des efforts de 30 minutes. À l'entraînement, on fractionne le seuil en blocs de 6 à 15 minutes.

Quelle fréquence cardiaque au seuil lactique ?

Dans l'échelle à cinq zones présentée par Seiler et Tønnessen (2009), la zone de 2,5 à 4 mmol/L de lactate correspond à 85–90 % de la FCmax. Pour un coureur de 40 ans dont la FCmax est estimée à 180 bpm par la formule de Tanaka, cela donne 153 à 162 bpm. Une FCmax mesurée et un test de seuil restent plus fiables qu'une formule.

Sources

  1. Lactate threshold concepts: how valid are they? (Faude O., Kindermann W., Meyer T., Sports Medicine, 39(6), 2009, p. 469-490), notice Medline — Unbound Medicine (Medline)
  2. The maximal metabolic steady state: redefining the 'gold standard' (Jones A. M., Burnley M., Black M. I., Poole D. C., Vanhatalo A., Physiological Reports, 7(10), e14098, 2019) — PubMed Central
  3. Intervals, Thresholds, and Long Slow Distance: the Role of Intensity and Duration in Endurance Training (Seiler S., Tønnessen E., Sportscience 13, 2009, p. 32-53) — Sportscience
  4. The training intensity distribution among well-trained and elite endurance athletes (Stöggl T., Sperlich B., Frontiers in Physiology, 6:295, 2015) — Frontiers in Physiology
  5. Repeatability and predictive value of lactate threshold concepts in endurance sports (Heuberger J. A. A. C. et al., PLOS ONE, 13(11), 2018) — RePEc / PLOS ONE
  6. Limiting factors for maximum oxygen uptake and determinants of endurance performance (Bassett D., Howley E., Medicine & Science in Sports & Exercise, 32(1), 2000, p. 70-84), notice — IAT Leipzig
  7. Times to exhaustion at 100% of velocity at VO2max in elite long-distance runners (Billat V. et al., European Journal of Applied Physiology, 69(3), 1994, p. 271-273), notice — BISp
  8. Exercise prescription when there is no exercise test: the Talk Test (Foster C. et al., Kinesiology, 50(1), 2018, p. 33-48) — Kinesiology (Université de Zagreb)
  9. Aerobic high-intensity intervals improve VO2max more than moderate training (Helgerud J. et al., Medicine & Science in Sports & Exercise, 39(4), 2007, p. 665-671), notice bibliographique — Europe PMC

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