Nutrition

Alimentation marathon et ultra : stratégie avant, pendant, après

Sur marathon et ultra, l'alimentation fait partie de la stratégie de course. Charge en glucides, apports par heure selon ton chrono, spécificités de l'ultra, construction du plan de ravitaillement et récupération : les repères chiffrés des positions de l'ISSN.

Pourquoi la longue distance se planifie

Plus l’effort dure, plus il puise dans tes réserves de glycogène, qui sont limitées. Sur marathon et au-delà, ce que tu manges les jours d’avant, le matin et pendant la course pèse sur la fin de l’épreuve. La stratégie se construit en quatre temps : la charge en glucides, le repas du matin, les apports pendant l’effort et la récupération.

Les repères qui suivent viennent des positions de l’International Society of Sports Nutrition (ISSN). Ce sont des fourchettes générales, à ajuster avec ton expérience et, si besoin, avec un diététicien du sport.

Les jours d’avant : la charge en glucides

Deux textes de l’ISSN décrivent la charge en glucides :

  • la position sur le timing nutritionnel (2017) indique que les réserves de glycogène du foie et des muscles sont maximisées par une alimentation riche en glucides, de 8 à 12 g par kilo de poids et par jour ;
  • la revue de 2018 décrit, sur les deux à trois jours qui précèdent la compétition, un entraînement réduit de 30 à 50 % et 200 à 300 g de glucides supplémentaires par jour.

La position sur l’ultra-marathon (2019) recommande, elle, une approche moderne de la charge en glucides sur les 48 heures qui précèdent la course.

Poids (kg) Charge à 8 g/kg (g/jour) Charge à 12 g/kg (g/jour)
55 440 660
65 520 780
75 600 900

En pratique :

  • Répartis les glucides sur tous les repas et collations. Un seul plat de pâtes géant la veille ne fait pas une charge.
  • Choisis des féculents peu fibreux : riz blanc, pâtes, pain blanc, pommes de terre, semoule, ainsi que des fruits mûrs, compotes et boissons sucrées. La position de l’ISSN sur l’ultra conseille d’éviter les aliments riches en fibres ou en graisses avant la course.
  • Réduis les graisses pour faire de la place aux glucides.
  • Ne teste rien de nouveau. Répète ta charge avant une sortie longue ou un semi de préparation, en même temps que tu testes ton ravitaillement pendant les sorties longues du plan marathon.

Le matin de la course

L’ISSN (2017) conseille des repas ou collations riches en glucides dans les heures qui précèdent l’effort, à hauteur de 1 à 4 g par kilo. Pour un coureur de 65 kg, cela représente 65 à 260 g. Horaires, aliments et exemples de petit-déjeuner sont détaillés dans notre guide du repas avant une course.

Pendant un marathon

Combien de glucides par heure

Durée de l’effort Repère de l’ISSN Texte
Plus de 60 min à intensité élevée 30 à 60 g de glucides par heure, dans une boisson à 6–8 % Timing nutritionnel, 2017 ; revue, 2018
Plus de 120 min Jusqu’à environ 90 g/h cités par la littérature récente, avec des glucides associant glucose et fructose Ultra-marathon, 2019

La revue de 2018 précise que l’organisme oxyde environ 1 à 1,1 g de glucides par minute, soit environ 60 g par heure, et que les associations glucose-saccharose ou maltodextrine-fructose augmentent cette capacité. Les apports au-delà de 60 g/h sont donc réservés aux coureurs qui les ont travaillés à l’entraînement.

Le total selon ton chrono

Calcule d’abord ton temps de course probable avec l’outil d’allure marathon, puis multiplie par ta cible horaire.

Chrono visé À 30 g/h (g) À 60 g/h (g) À 90 g/h (g)
3 h 00 90 180 270
3 h 30 105 210 315
4 h 00 120 240 360
4 h 30 135 270 405
5 h 00 150 300 450

Plus ton chrono est long, plus le total grimpe, alors que ta capacité d’absorption par heure ne change pas. C’est la répartition qui compte : de petites prises régulières dès le début de course, plutôt que de gros apports tardifs. Pour la boisson, l’ISSN (2018) conseille des prises toutes les 5 à 15 minutes.

Exemple de plan pour 3 h 30

Cible : 60 g/h, soit 210 g au total. Tu bois 0,5 L par heure d’une boisson à 60 g/L, ce qui apporte 30 g/h, soit 105 g. Il manque 105 g. Avec un gel dont l’étiquette indique 25 g de glucides (valeur d’exemple : vérifie la tienne), 4 gels apportent 100 g ; pris environ toutes les 50 minutes, ils portent ton apport moyen à 59 g/h. Emporte un gel de réserve.

Boire et saler

L’ISSN (2018) rappelle que la performance peut se dégrader dès 2 % de poids perdu par la sueur et que les débits de sueur vont en moyenne de 0,5 à 2 L par heure. Mesure ta sudation sur une sortie longue, choisis ton volume par heure et prépare ta boisson : la méthode et la recette sont dans notre guide de la boisson isotonique maison. Ne bois pas au-delà de tes pertes.

Pendant un ultra : tenir sur la durée

Sur ultra, l’intensité baisse, la durée s’allonge, et manger devient aussi une question de tolérance digestive et d’envie. La position de l’ISSN sur l’ultra-marathon (2019) donne ces repères :

Apport par heure (ISSN, 2019) Repère
Énergie, courses jusqu’à 50 miles 150 à 300 kcal
Énergie, courses plus longues 200 à 400 kcal
Glucides 30 à 50 g
Protéines 5 à 10 g
Boisson 450 à 750 mL, soit 150 à 250 mL toutes les 20 minutes
Sodium 500 à 700 mg par litre de boisson

Exemple calculé pour un ultra de 10 heures : 300 à 500 g de glucides, 50 à 100 g de protéines, 4,5 à 7,5 L de boisson et, à 500 à 700 mg par litre, environ 2,3 à 5,3 g de sodium. Pour estimer ta durée de course, convertis d’abord le parcours en kilomètres-effort avec le calcul km-effort et dénivelé.

Trois points propres à l’ultra :

  • Les apports élevés deviennent difficiles. L’ISSN note que les 90 g/h cités pour les efforts de plus de deux heures sont sans doute irréalistes sur les ultras de plus de 6 heures, et considère qu’un apport élevé en glucides est la première cause nutritionnelle des troubles digestifs en ultra. Elle déconseille aussi de rester durablement sous 200 kcal par heure sur les courses longues.
  • Varie les textures. Le salé et le solide aident à manger pendant des heures, à condition de les avoir testés.
  • La caféine, à petites doses. L’ISSN déconseille de répéter les doses uniques de 4 à 6 mg/kg ; elle propose 1 à 2 mg/kg, puis des prises de 50 mg par heure, probablement bien tolérées, notamment la nuit.

Les autres aspects de la course, matériel, sommeil et barrières horaires, sont traités dans notre guide de l’ultra-trail.

Construire ton plan de ravitaillement

  1. Estime ta durée avec les outils d’allure ou de km-effort.
  2. Choisis ta cible horaire de glucides, de boisson et de sodium dans les fourchettes ci-dessus.
  3. Liste tes produits et relève leur teneur en glucides et en sodium sur l’étiquette.
  4. Place les prises sur le parcours, en fonction des ravitaillements officiels et de ce que tu portes.
  5. Teste le plan complet sur deux ou trois sorties longues, à l’allure de course. La position de l’ISSN sur l’ultra insiste sur ce point : les stratégies se pratiquent bien avant la course.
  6. Ajuste selon tes sensations digestives. En cas de troubles, vois comment éviter les problèmes digestifs en courant.

À retenir : un plan de ravitaillement se répète comme une allure. Le jour J, tu appliques ce que tu as déjà fait, pas ce que tu as lu.

Après la course : récupérer

  • Dans les 30 minutes : l’ISSN (2018) conseille environ 1 g de glucides et 0,5 g de protéines par kilo de poids, puis un repas riche en glucides dans les deux heures. Pour 65 kg : 65 g de glucides et environ 33 g de protéines.
  • Si tu dois récupérer vite, avec moins de 4 heures avant un nouvel effort, comme entre deux étapes : l’ISSN (2017) recommande 1,2 g de glucides par kilo et par heure.
  • Les protéines dans les jours suivants : la position de l’ISSN sur les protéines conseille des prises de 20 à 40 g toutes les 3 à 4 heures.
  • La réhydratation : environ 1,6 L par kilo perdu, d’après la recommandation de l’ISSN (2018) convertie, avec du sel dans l’assiette ou la boisson.

La suite de ta semaine de récupération se construit avec les repères de notre guide de l’alimentation du coureur.

Erreurs fréquentes

  • Attendre les premiers signes de fatigue pour commencer. Sur marathon, les prises commencent tôt et se répartissent sur toute la course.
  • Viser 90 g/h sans entraînement. L’absorption se travaille ; sans préparation, tu risques surtout des troubles digestifs.
  • Tout miser sur l’eau plate. Sans sodium, une grande quantité d’eau sur plusieurs heures expose à l’hyponatrémie.
  • Changer de produits le jour J. Si l’organisation propose une boisson ou un gel que tu ne connais pas, emporte les tiens.
  • Oublier la récupération. Le premier repas après la course compte pour les jours qui suivent.

Tous nos articles sur l’alimentation de l’effort sont réunis dans la rubrique nutrition du coureur.

Questions fréquentes

Que manger pendant un marathon ?

Des glucides faciles à absorber, sous forme de boisson isotonique, de gels ou d'aliments que tu as testés. L'ISSN recommande 30 à 60 g de glucides par heure pour les efforts prolongés, dans une boisson à 6 à 8 %, et sa position sur l'ultra cite jusqu'à environ 90 g/h pour les efforts de plus de deux heures avec un mélange glucose-fructose. Commence tôt et répartis les prises.

Combien de gels prendre pendant un marathon ?

Cela dépend de ton chrono, de ta cible par heure, de ce que tu bois et de la teneur de ton gel, indiquée sur l'étiquette. Exemple pour 3 h 30 à 60 g/h, avec 0,5 L par heure d'une boisson à 60 g/L : la boisson apporte 105 g, il manque 105 g. Avec des gels de 25 g, 4 gels espacés d'environ 50 minutes portent l'apport à 59 g/h.

Comment faire une charge en glucides avant un marathon ?

L'ISSN décrit deux à trois jours d'entraînement réduit de 30 à 50 %, avec 200 à 300 g de glucides supplémentaires par jour, et indique que les réserves sont maximisées par 8 à 12 g de glucides par kilo et par jour. Privilégie des féculents et aliments peu fibreux que tu connais, répartis sur tous les repas, plutôt qu'un seul gros plat de pâtes la veille.

Quelle différence entre la nutrition d'un marathon et celle d'un ultra ?

Sur marathon, l'objectif est d'apporter assez de glucides à allure soutenue. Sur ultra, l'intensité baisse et la durée explose : la position de l'ISSN retient 30 à 50 g de glucides et 5 à 10 g de protéines par heure, 450 à 750 mL de boisson par heure avec 500 à 700 mg de sodium par litre, et des aliments variés pour tenir sur la durée.

Que manger après un marathon ?

L'ISSN (2018) conseille environ 1 g de glucides et 0,5 g de protéines par kilo de poids dans les 30 minutes qui suivent l'effort, puis un repas riche en glucides dans les deux heures. Pour un coureur de 65 kg, cela fait 65 g de glucides et environ 33 g de protéines. Réhydrate-toi avec de l'eau et du sel, sur plusieurs heures.

Sources

  1. International Society of Sports Nutrition Position Stand: nutritional considerations for single-stage ultra-marathon training and racing (Tiller N.B. et al., 2019) — Journal of the International Society of Sports Nutrition
  2. ISSN exercise & sports nutrition review update: research & recommendations (Kerksick C.M. et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 15:38, 2018) — Journal of the International Society of Sports Nutrition
  3. International Society of Sports Nutrition position stand: nutrient timing (Kerksick C.M. et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 14:33, 2017) — Journal of the International Society of Sports Nutrition
  4. International society of sports nutrition position stand: caffeine and exercise performance (Guest N.S. et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 18:1, 2021) — Journal of the International Society of Sports Nutrition
  5. International Society of Sports Nutrition Position Stand: protein and exercise (Jäger R. et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 14:20, 2017) — Journal of the International Society of Sports Nutrition

Photos produits : visuels officiels adidas, publiés sur les sites des marques.